Ouverture du colloque « Mer et Outre-mer 2009 » - Institut Océanographique de Paris

Allocution de SAS le Prince

Monsieur le Ministre,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
chers amis,


Au moment d'ouvrir cette journée consacrée à la mer et à l'outre-mer, je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée pour mon trisaïeul le Prince Albert Ier, dont nous sommes en quelque sorte les hôtes. Le bâtiment qui nous accueille aujourd'hui témoigne de la pérennité de son message, fait d'optimisme et de vigilance.

Optimisme, car ce Prince savant avait une haute vision de la science, une solide confiance dans la capacité des scientifiques à améliorer notre monde.

Mais vigilance également, car ce grand navigateur qui avait parcouru les mers du globe percevait l'importance de leur préservation.

A la fois centre d'études et espace de diffusion du savoir vers le grand public, ces lieux témoignent de cette double préoccupation : connaître et alerter.

Et puisque l'occasion m'est donnée d'évoquer la mémoire du Prince Albert Ier, je voudrais retenir une autre leçon de son engagement précurseur en faveur de la mer et ajouter un troisième volet à ce message : connaître et alerter, mais également anticiper.

Il y a un siècle, ce que nous appelons aujourd'hui les questions environnementales ne revêtaient évidemment ni la même signification, ni la même urgence. L'importance qu'un esprit libre et curieux accordait à la connaissance des océans n'avait donc pas les objectifs que nous sommes tentés d'y lire à l'aune des connaissances actuelles.

Et pourtant. Je pense que la préoccupation d'un océanographe passionné du début du XXème siècle avait de nombreux points communs avec celle qui anime aujourd'hui le défenseur convaincu de l'environnement que je suis. Ces deux vocations, nées à des périodes différentes, partagent même l'essentiel : la conviction que nous devons tout faire pour préserver l'indispensable harmonie de l'homme avec la nature.

Cette idée, qui n'était alors qu'une intuition, a mis près d'un siècle pour révéler sa portée et devenir une composante politique et scientifique essentielle de notre époque.

C'est le sens de l'Histoire de ce lieu : le temps dans lequel nous inscrivons notre action pour la Nature est un temps qui nous dépasse. Il nous faut apprendre à voir plus loin que l'immédiat. Il nous faut apprendre à penser au nom des générations à venir. Il nous faut apprendre à changer d'échelle, dans nos pensées et nos actions.

Nous ne devons pas nous laisser aveugler par un illusoire désir de pouvoir sur le monde. Comme il y a un siècle, nous devons garder à l'esprit que notre plus grande richesse — la condition de notre vie sur la terre — tient moins à ce que nous transformons en provenance de la Nature qu'à ce que nous préservons d'elle.

Alors que nous sommes aujourd'hui réunis pour évoquer les immenses potentiels de la mer, qu'ils soient énergétiques, alimentaires, touristiques ou autres, il me semble important de rappeler cet impératif, qui est une invitation à agir à long terme.

La mer nous permet aujourd'hui d'espérer une solution durable à certains des grands problèmes de ressources auxquels nous sommes confrontés. Mais la poursuite de ces espoirs ne doit pas nous détourner d'un impératif plus grand encore : la préservation de la mer elle-même.

Je sais, cher Yves Jégo, que le Gouvernement français s'est engagé dans cette voie et je veux saluer son action, en particulier celle de Jean-Louis Borloo dont l'initiative d'un Grenelle de la mer est tout à fait prometteuse.

Je tiens à vous assurer aujourd'hui que la Principauté de Monaco, mobilisée de longue date aux côtés de la France pour la préservation de notre patrimoine méditerranéen commun, notamment avec l'accord RAMOGE et le sanctuaire Pélagos, sera à vos côtés dans ce vaste chantier, chaque fois que cela sera nécessaire. Sur des sujets aussi importants, qui dépassent les frontières et les intérêts particuliers, nous devons tout mettre en œuvre, ensemble, pour aboutir à des résultats tangibles.

Je souhaite en particulier que notre coopération se renforce, comme nous l'avons déjà envisagé ensemble, Cher Yves Jégo, pour améliorer la préservation du corail et intensifier la recherche en cette matière.

Ma Fondation agit également dans de nombreux domaines liés à la protection de la mer. Je pense, en particulier, à notre action conjointe avec le WWF pour la protection du thon rouge, espèce de la Méditerranée aujourd'hui gravement menacée.

Mesdames et messieurs, chers amis,
Les thèmes des tables rondes de cette journée révèlent l'exactitude de la formule de Jean-Louis Borloo selon laquelle « la mer sauvera la terre ». Mais préserver la mer, apprendre à en avoir un usage plus respectueux et donc plus durable, tout ceci implique de revoir nos modes de vie sous nombre de leurs aspects.

Une telle réadaptation demande, bien sûr, du temps. Elle demande surtout de la détermination et du courage. Comme le fondateur de ce lieu, nous devons apprendre désormais à anticiper les problèmes pour inventer les solutions appropriées. Ainsi, au côté des scientifiques et avec les opinions publiques, nous saurons nous acquitter du devoir qui nous incombe : assurer l'avenir plutôt que dilapider le présent.

Nul doute que cette rencontre, placée sous le signe du dialogue, contribuera utilement à la réalisation de cette ambition.

Je vous remercie.

Copyright © 2008 Palais de S.A.S. le Prince de Monaco